le premier temple

Publié le 3 Avril 2014

Le premier temple

En Inde depuis environ trois semaines, je n’ai goûté qu’aux journées de train interminables et aux plages de Goa en guise d’acclimatation. C’est déjà beaucoup, car le choc est rude. En escale dans un village de la côte sud ouest dont le nom est oublié, la visite d’un temple pourtant très quelconque me plonge dans la stupéfaction.

Les temples sont légion en Inde. Celui dont je vous parle ne possède aucune particularité notoire. Il est simplement celui dont je me souviens, car il a soulevé en moi des questions puissantes. Il a révélé mon regard d’occidentale sur un monde trop éloigné de ma culture pour être accepté au premier regard. Comme la plupart des temples modernes, il est construit en béton, puis peint. Le premier choc est d’ordre visuel : les couleurs sont criardes. Les tons sont vulgaires, comme celles utilisées pour peindre les camions des forains. Le second choc est d’ordre auditif : des hauts parleurs installés sur les murs diffusent un brouhaha strident, inaudible, répulsif.

Je m’aventure néanmoins dans l’enceinte. Contrairement aux églises d’Occident, je n’arrive pas à saisir la logique d’organisation de l’espace intérieur du temple. Tout ou presque est à ciel ouvert dans cette région chaude. Des statues sont disséminées un peu partout dans un espace ouvert et accidenté. J’ai le sentiment d’être dans un parc d’attraction d’amateurs, avec pour décor des statues bizarres. Dans le pays de drôles de merveilles. Dans le jardin de l’étrange.

Tout à coup, au détour d’un chemin, surplombant le reste du parc se dresse devant moi une imposante statue d’environ six mètres. Elle a le corps d’un humain, la tête d’un singe, le tout est peint dans un vert on ne peut plus vif. Droit comme un i, l’homme singe, ou le dieu singe –il semble même contradictoire et d’accorder ces deux mots - scrute l’horizon d’un air noble. Cette vison me plonge dans une immense perplexité. Je sais qu’il s’agit de la représentation d’une des nombreuses divinités Indiennes du nom de Hanuman. Mais c’est précisément ici que je ressens pour la première fois avec autant d’acuité ce que l’on appelle communément le choc des cultures. La vue de cette statue éveille en moi plusieurs mouvements : tout d’abord, je suis prise dans un élan d’incompréhension, de questionnement : « mais qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? » Car enfin, je sens bien, malgré les apparences, qu’il ne s’agit pas d’une farce. Je pressens le sens des symboles. Je sais que cette statue est reliée à une histoire, qu’elle représente quelque chose de très réel pour les Indiens qui viennent se prosterner devant elle. Et pourtant, je ne peux m’empêcher de la trouver cocasse, voire ridicule. En fait, elle est trop éloignée de mes schèmes mentaux et de mes repères culturels. Je ne peux me l’approprier, ni lui trouver une place dans mon esprit. Elle reste étrangère à moi, à la fois attirante et suspicieuse, noble et grotesque, mystérieuse en un mot.

Certes, le panthéon égyptien nous a habitué aux satires et autres curieuses créatures mêlant l’homme et l’animal. Mais elles font partie d’une mythologie ancienne, tandis qu’ici, la statue se tient devant moi. En un sens, elle est vivante, présente, tangible, et non dessinée dans un livre.

Huit mois après cette rencontre, je suis toujours en Inde, dans un autre Etat, au nord du pays. J’ai la chance de faire la rencontre d’un professeur Indien. Lors d’un de ses cours, j’apprends qui est Hanuman, son histoire, et surtout, ce qu’il représente pour les hindous. Aujourd’hui, s’il n’est pas ancré dans mon être comme peut l’être le personnage du Christ, mais il devenu une figure respectable et censée, symbole de dévotion absolue.

Rédigé par Marie

Publié dans #Chroniques Indiennes

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