Et si j’arrêtais de manger pendant dix jours ?Journal d’un jeûne

Publié le 10 Avril 2014

Et si j’arrêtais de manger pendant dix jours ?
Journal d’un jeûne



Le jeûne est une thérapie ou technique utilisée à diverses fins depuis des millénaires par les sages, dont Jésus, Bouddha et tant d’autres. Les animaux s’en servent aussi pour se purger. Pour ma part, j’ai souhaité faire l’expérience d’un jeûne complet de dix jours pour diverses raisons.

Une année passée en Inde avait mis à mal mon système digestif : épices, amibes, changements d’habitudes alimentaires ont provoqué indigestions, douleurs intestinales, inflammation, bref, un dérèglement général du système digestif. D’une manière générale, j’avais besoin de me nettoyer, de « faire le vide » si je puis dire.
Un ami expérimenté m’a expliqué les principes d’un jeûne mis au point par un médecin : il consiste donc à ne rien manger pendant dix jours. Par ailleurs, il faut boire un litre et demi d’eau salée le matin pour aider les intestins à se vider complètement, et boire régulièrement un verre d’eau citronnée (afin de recréer un environnement alcalin dans les intestins), avec éventuellement une demi cuillère de sirop d’érable, afin d’assurer un apport suffisant en minéraux. Il est également conseillé d’y ajouter une pincée de paprika, afin, encore une fois, de faire travailler les intestins.
J’avais quelques appréhensions : et si je craque ? Je n’avais pas spécialement envie de maigrir, m’estimant en bonne forme. La raison principale qui m’a poussée à faire le pas fut la santé. La seconde fut le goût du challenge. D’un naturel gourmand, je pensais que cette expérience allait me donner confiance en moi. Pour corser le défis, je décidais d’arrêter de fumer mes six cigarettes roulées journalières depuis dix ans, pensant que dans l’élan, je pourrai faire d’une pierre deux coups, opérer un nettoyage en profondeur, une catharsis efficace.
Pour cette expérience, mon ami et moi nous sommes isolés sur une plage tranquille au large d’une île de la Thaïlande : Ko Pha Ngan. Dans notre bungalow boisé, pas de télévision, ni de radio, journaux, téléphone ou internet. Seulement quelques livres, la plage, de quoi dessiner, et un bon lit.


Journal d’un jeûne


Premier jour
Je me suis levée à onze heures, rattrapant le sommeil de mes deux dernières nuits passées dans un bus. J’ai lu pratiquement toute la journée, dévorant le fabuleux récit d’Henri Gougaud Les sept plumes de l’aigle. Vers midi, j’ai bu une tasse d’eau citronnée, puis encore deux autres avant de me coucher. La faim a été tout à fait supportable. Je me suis levée vers trois heures du matin : l’insomnie m’a poussée jusqu’à la plage où j’ai joué avec le plancton phosphorescent : magique ! Mais des douleurs assez aiguës à l’estomac et aux intestins m’ont poussées à rentrer au bungalow.


Deuxième jour
J’ai rêvé de chocolat que je n’avais pas le droit de manger. Vers onze heures, j’ai avalé avec une moue indescriptible un litre d’eau salée. Après ça, je me suis sentie bien faible, et les vingt minutes de marche sur la plage m’ont épuisée. Pour me récompenser, j’ai bu une tasse d’eau citronnée avant de faire en douceur une heure de yoga, histoire de faire circuler mon sang et mon énergie. Mon corps s’en est trouvé fort content, et je l’ai récompensé d’une eau pétillante au citron au bar de la plage, histoire de ne pas me sentir trop en quarantaine. L’idée du jour a été d’acheter un hamac et de m’y installer deux heures avec un bon livre, bercée par les vagues. J’ai repris une tasse d’eau vers dix sept heures, avant d’aller marcher sur la plage et de ma baigner. Je me sens en forme. Certes, je sens que mon estomac est vide, mais j’ai assez d’énergie pour avoir un peu d’activité physique, et je ne suis pas léthargique. Je ne souffre pas non plus de maux de têtes, ce qui peut-être le cas quand les toxines commencent à bouger dans le corps et à remonter vers la tête via le sang. J’ai quelques boutons d’adolescente sur le front, signe que les toxines sortent. Je suis calme.


Troisième jour

Après une balade sur la plage à quatre heures du matin, je me recouche, puis me relève dans énergie à dix heures trente. M’extirper du lit releva de l’exploit, me glisser dans le hamac en fut un autre. Après avoir bu l’eau salée, j’ai voulu aller marcher sur la plage pour faire fonctionner le système digestif, mais j’ai attendu au moins une heure avant de réussir à me hisser du hamac. Au prix d’un effort jugé surhumain, je suis parvenue à aller jusqu’à la plage et à me baigner. Après la douche, j’ai ressenti l’appel du lit où je suis restée jusqu’à seize heures. Extirpée de mon coma par mon ami, je décide d’aller faire une heure de yoga pour que mon corps se mette à chercher l’énergie au fond des réserves. Je ne veux pas « larver » toute la journée ! Après une heure et demi de yoga et une demi heure de marche douce, il est dix neuf heures vingt. Attablée à un restaurant de plage, je sirote une eau chaude au citron. J’ai des crampes, quelques courbatures, mais je me sens bien, comparé au reste de la journée qui a été ma foi assez pénible. Je ne pense ni à manger ni à fumer. A vrai dire, ce n’est pas ça qui me manque ; c’est l’énergie. Quel challenge d’aller la chercher si loin ! Je me demande ce que je suis venue faire dans cette galère d’ascète, et je doute d’arriver au terme de l’épreuve. Qui vivra verra !


Quatrième jour

Je sens que je me nettoie : ne j’ai plus d’acidités, et ma douleur inflammatoire au côté gauche du bas ventre qui ne me quittait plus depuis des mois s’atténue. Entre neuf et dix heures, je me suis préparée mentalement à me lever, car finalement, c’est le matin le plus dur. Après la douche, j’ai bu l’eau salée. Balade et baignade m’ont vivifiées. En sentant le vent sur mon visage, en regardant les vagues vigoureuses, inlassables, en sentant la chaleur du soleil sur mon corps, je me suis dit que notre énergie ne provient pas seulement de la nourriture, mais aussi des éléments naturels, car ils sont pleins de force vitale dont on peut se nourrir. Une bonne chose : l’idée d’une cigarette me donne envie de vomir.
Vers midi, je bois une tasse d’eau citronnée. Je me sens diablement en forme. La sensation de faim a disparu, j’ai assez de force, l’œil clair, la peau lisse et les ongles impeccables. Une courte sieste, suivie d’une heure et demi de yoga et enfin d’une marche sur la plage ont constitué mon programme de l’après-midi. Vers dix huit heures trente, je commence à me sentir fatiguée, mais en même temps étonnamment calme, sereine et forte mentalement. C’a été de loin la meilleure journée depuis le début du jeûne. En soirée, je fais la fatale erreur d’évoquer avec mon ami les plats savoureux de ma mère : ses tartes au fromage, ses biscuits à la farine d’épeautre, ce qui m’a quelque peu frustré ! Mon estomac a manifesté quelques signes d’intérêt avant de se rendormir comme moi vers vingt trois heures.


Cinquième jour
Lever à six heures quarante pour une marche sur la plage. Retour à huit heures, exténuée. Je sens battre mon cœur à tout rompre dans l’abdomen ; étrange sensation. Je me relève vers dix heures pour boire l’eau salée, puis vais me baigner et reste sur la plage jusqu’à midi. Au retour, j’avale une tasse d’eau au citron, puis lis et m’allonge jusqu’à quinze heures trente. Je me réveille vaseuse et de mauvais poil avec des idées noires. Je suis maussade, alors je retourne me baigner : au moins dans l’eau, j’oublie tout : je suis portée. Bientôt dix huit heures : je sais que la journée est gagnée. Je bois un citron chaud face à la mer. Je ne suis plus éreintée, et je savoure tout de même cette demi victoire. Cinq jours déjà ! Seulement… Quand je pense que Jésus est restée quarante jours dans le désert sans manger ni boire… Total respect !
C’est dur, mais je me sens bien et je suis assez fière de moi, même si je n’ai pas encore relevé le challenge. Ma douleur au côté gauche est toujours présente, mais atténuée. Je n’ai pas l’impression d’avoir perdu du poids. Peut-être un kilo ou deux. Mais il n’y a pas de balance sur cette île à Robinson.


Sixième jour
La routine continue. Je me suis levée à dix heures, sans forces. J’ai bu l’eau salée, puis balade sur la plage, où chaque pas me demande une grande concentration. Après-midi à lire et à lézarder dans le hamac jusqu’à quinze heures trente. Enfin, baignade et discussion avec mon ami -qui n’a plus que deux jours à tenir- ont rythmé la journée. Mes acidités dans l’œsophage ont totalement disparu. Ma douleur au côté gauche n’a jamais été aussi faible. La sensation de faim est revenue en force ce soir. J’ai dû boire cinq tasses d’eau citronnée avec un peu plus de sirop d’érable qu’à l’accoutumée, me sentant bien faible.


Et ce fut le…
Septième jo
ur
J’ai passé la nuit à crever la dalle, et me suis réveillée avec des coliques. Courte balade sur la plage à ramasser des coquillages, mais sans forcer, car me relever me donne des vertiges. C’est dur aujourd’hui ! Seule la baignade me sort de mon coma. Après une douche, je vais boire une eau gazeuse au bar. Je me sens enfin mieux ! C’est tentant de voir les plats fumants et odorants me passer sous le nez, mais que faire ? Je pense aux enfants qui, en ce moment même n’ont pas eu à manger depuis des jours. Pour eux, cela n’a rien d’un challenge, c’est une réalité sans date butoir. J’expérimente pleinement la faim. Celle qui peut rendre fou. Je me remémore une émission de radio, là bas si j’y suis, de Daniel Mermet sur le siège de Varsovie. Pendant cette période, un seul homme prospérait : le boucher. Et pour cause : il faisait commerce de viande humaine… Dans d’autres cas, les gens mangent tout : leurs objets en cuir, la colle des tapisseries murales etc. J’avais été impressionnée par cette émission. Je n’en suis pas là, mais j’avoue que j’apprécie énormément le goût du dentifrice !


Huitième jour
Après une nuit vraiment reposante, je me suis levée en forme, et non pas accablée comme les deux derniers jours. Ouf. Un peu d’énergie est revenue. Il m’a fallu une heure pour avaler l’eau salée qui me dégoûte de plus en plus. Puis, baignade dans l’eau turquoise sous un soleil radieux : le bonheur. Vers dix sept heures, nous avons joué un peu au beach volley mais pas trop car mon cœur s’emballe vite. Mieux vaut ne pas forcer. Je n’ai bu que quatre tasses aujourd’hui. Je me suis sentie en très belle forme, sans fatigue. Quel soulagement ! Après la faim, je crois que mon corps accepte de puiser à nouveau dans les réserves. Cela me donne une peu de courage pour aller jusqu’au bout.


Neuvième jour
J’ai eu un mal fou à trouver le sommeil : peut-être à cause de la pleine lune. Levée à six heures trente pour une balade sur la plage. Marche, baignade, sieste : le programme habituel. Il fait chaud mais j’ai froid. Je n’arrive pas à me concentrer pour lire. En fin d’après-midi, je vais boire une eau gazeuse au bar de la plage. Je rêve de pain complet et d’un morceau de comté. J’ai hâte que tout ça se termine.


Dixième jour
J’ai rêvé d’une grande fête de famille dans la maison de mon enfance, il y avait du chocolat partout, du pain délicieux et toutes sortes de choses à manger. Je suis étonnée de voir que je continue à aller aux toilettes après neufs jours de jeûne . Je commence à sentir que j’ai perdu du poids un peu partout, surtout sur le haut du corps. Mais je ne saurais jamais combien exactement car je ne pourrai pas me peser après le jeûne.


Onzième et douzième jours...
Je sens que je pourrai encore continuer… mais je ne vais pas au delà des limites fixées.
Youpi, c’est fini ! Je romps le jeûne avec de l’eau d’une noix de coco, fraîchement cueillie sur le cocotier à côté de notre bungalow. La reprise alimentaire doit se faire en douceur, c’est pourquoi je n’avale aucun aliment solide les deux jours suivants la fin du jeûne. Mais seulement cinq à six verres de jus d’orange pressée par jour. Le troisième jour, je reprends des légumes bouillis, et seulement à partir du quatrième jour, des aliments plus solides comme le pain.




Bilan à la fin du jeûne
Je suis fière d’avoir relevé un défi. Je me sens bien physiquement. Cette expérience me donne beaucoup de confiance en moi, en mes capacités de résistance tant physique que mentale. Je me sens légère et propre à l’intérieur. Ca faisait longtemps que je n’avais pas eu un ventre aussi calme et aussi plat ! La douleur au côté gauche de mon ventre qui ne me quittait plus depuis presque dix mois a disparu, ainsi que mes brûlures à l’œsophage. J’ai un peu d’acné mais le teint lumineux, et je n’ai plus du tout envie de fumer !
Mais pour moi, ce n’est qu’un début : je veux continuer à faire attention à mon alimentation. Je n’ai pas pu me peser à la fin du jeûne, mais seulement dix jours environ après la reprise alimentaire : j’avais deux kilos en moins. J’évalue la perte de poids après le jeûne entre trois et quatre kilos.




Deux ans et demi après…
Pour je ne sais quelle raison, j’ai refait un jeûne de sept jours quatre mois après, sans l’eau salée. Histoire de ne pas perdre la main !
Six ans après, novembre 2013 : je n’ai pas recommencé à fumer. J’ai encore en période de stress quelques acidités, mais elles restent rares. Mon point de côté revient également en période d’anxiété, de stress et tension émotionnelle, mais il n’est pas constamment présent comme il l’a été pendant presque tout mon voyage en Inde, ni aussi intense. J’ai une meilleure hygiène alimentaire, j’ai pratiquement arrêté de grignoter.
Quand le temps se présentera, je n’hésiterai pas à refaire un jeûne de dix jours ou plus, car l’effort vaut la récompense. Je recommande cette expérience qui rend également plus sensible et plus proche de son corps. Elle nous apprend à mieux nous connaître, à jauger de nos limites, de notre volonté et de notre relation avec la nourriture.
Pour les personnes qui n’ont pas la chance d’avoir un ami pour les guider sur ce chemin, je recommande de se faire aider par des habitués ou professionnels, afin de déterminer le type de jeûne qui convient le mieux en fonction des aspirations et besoins physiques spécifiques à chacun. Car un jeûne ne s’improvise pas, il se prépare en pleine conscience.


Rédigé par Marie

Publié dans #Santé au naturel

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